"Good Boy" in VIVAT LA DANSE !

Publié le par LE VIVAT

Good Boy

Alain Buffard

Au Garage, Théâtre de l'Oiseau  Mouche (Roubaix)

vendredi 30 janvier à 22h / Réservez ici
Cette pièce sera précédée de "(Not a Love Song)" (de Alain Buffard) à La rose des vents (Villeneuve d'Ascq)


Buffard, la plastique du « Good boy »
En se dénudant, en se scotchant le sexe, puis en tournant sur un socle, Alain Buffard prend ses marques avec la statuaire. Il est peau nue, rasé de la tête aux pieds, glabre. Mais la comparaison avec le marbre s ‘arrête là : Alain Buffard enfile une quarantaine de slips blancs les uns sur les autres. Le geste est quotidien, sa répétition fait effraction. Le spectacle s’appelle Good boy, bon garçon. Mais qu’est-ce qu’être un bon garçon, lorsque l’on est à la fois le corps du danseur qui obéit et le chorégraphe qui commande ?
Le corps d’Alain Buffard présente, comme il dit, un volume « en rond de bosse ». Et pourtant, les pleins, les reliefs et les creux de ce corps de 40 ans échappent à l’idéal (néo)-classique. C’est-à-dire à l’image : il ne possède ni la joliesse juvénile ni la musculature à la G.I Jeu de l’iconographie – c’est-à- dire de l’idéologie – de la beauté masculine. Ancien danseur qui débutait à Angers, chez Alwin Nikolaïs (en 1979), puis chez Larrieu notamment, il a arrêté la danse en 1990, pour en revenir en 1996, en reconstituant presque trente ans plus tard, des « improvisations post-minimales » d’Yvonne Rainer. Son solo, Good boy, qui tourne depuis un an est aujourd’hui à la Ménagerie de verre, tente de faire basculer danse, performance et arts plastiques, le danseur tentant de se « porter aux bords de la représentation ». Organisé en mini séquences, Good boy propose des mouvements réduits à leur plus simple linéarité et des choses (néons, boîtes, ...) que le danseur s’approprie et dont il fait trace de sa propre histoire. Pour se coller aux talons, par exemple, deux boîtes de médicaments en guise de prothèse pour boiter debout. Se tenir droit est une gageure, les boîtes se plient, le scotch se barre, etc. « Ce sont deux boîtes d’Epivir (nom commercial d’un médicament anti-rétroviral), ce qui nous fait la paire de talons à 1250Frs, quand même », commente Alain Buffard.
Statuaire. Installer des néons. Édifier puis détruire un vaste parallélépipède de boîtes d’AZT. Faire de l’espace scénique à la fois un lieu artistique et une clinique. Alain Buffard, qui a travaillé dans une galerie d’art contemporain (celle d’Anne de Villepoix), connaît le travail qui permet de pénétrer les formes idéales et épurée de l’art minimaliste. Comme l’artiste Felix Gonzales-Torres traçant des dessins dont les formes sont dictées par la chute des T4 ; comme le collectif canadien General Idea fabriquant des sculptures en forme de gélules. « Pouvoir passer d’un état à l’autre, d’un faire à non- faire, d’une simple manipulation des choses au mouvement à une marche : simplement pouvoir marcher sur un plateau, voilà pour moi l’état absolu de la danse », expliquait récemment le danseur. Passer de l’extérieur du corps, perçu comme un objet, à l’intérieur de celui-ci, dans l’intériorité de la statuaire. C’est cette intimité-là qu’Alain Buffard montre et offre, sans intimidation. Élisabeth Lebovici, Libération, 9 février 1999

Les faux bons garçons de la Ménagerie de verre.
Xavier Leroy et son éloge du scalpel (Le Monde daté 25-26 janvier) nous a convaincue de suivre le programme « Les Inaccoutumés » à la Ménagerie de verre, à Paris. Alain Buffard y dansait Good boy les 23 et 24 janvier. Alain Buffard, c’est le danseur contemporain par excellence, celui qui exalte la création d’autrui. La maladie (le sida) le pousse aujourd’hui à être le chorégraphe de son propre corps. Boursier de la Villa Médicis hors-les-murs, il est allé se mettre à l’écoute de la chorégraphe Anna Halprin, qui, atteinte d’un cancer, il y a plusieurs années, décidait, avec succès, de prendre sa vie en main. Le solo est dédié à l ‘Américaine tout autant qu’aux pharmaciennes de l’hôpital Saint Louis à Paris.
L’homme est nu sous les néons. Une image désormais classique de la création actuelle. Il s’agit comme l’écrit Buffard, « de reprendre le corps à zéro, de s’offrir une autre grammaire organique ». En avant ! Il exécute deux tours complets sur lui-même. Lentement. Le voilà à nouveau face au public. Il plonge dans un sac en plastique noir, d’où il sort une large bande de sparadrap qu’il va plaquer sur son sexe, à la fois pour le maintenir et le dissimuler. Silence radio dans la salle. Il enfile un slip, puis deux, puis trois, jusqu’à une vingtaine. Silhouette emmaillotée. Couches de bébé. L’hôpital infantilise.
Puis il contraint ses pieds par d’autres bandes adhésives, proposant de nouveaux soutiens aux corps métamorphosés par la maladie. Toutes les maladies. On le voit jeter des boîtes de médicaments. Solo pour un corps qui refuse de se taire/ « splash » du corps qui retombe sur le sol, du genou qui heurte la poitrine, des fesses qui frappent le mur ; « scratch » des adhésifs qui s’arrachent à la peau. Cette exploration d’une topologie sexuelle échappe au nombrilisme par la grâce d’une ironie s’approchant du dédain. Un dandysme que l’on perçoit dans la voix de l’Anglais Kevin Coyne chantant Good boy. « Bon garçon », Alain Buffard, insoumis, l’est fort peu. Il est même tout le contraire : un politiquement incorrect, très incorrect. Donc très vivant… Dominique Frétard Le Monde, 28 janvier 1998



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Publié dans Spectacles

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