"Les inconsolés" in VIVAT LA DANSE !

Publié le par LE VIVAT

"Les inconsolés"


Alain Buffard

Au Vivat lundi 2 février à 21h30 / Réservez ici
Cette pièce sera précédée de "Self Unifinished" (de Xavier Le Roy) à la salle des fêtes de l'EPSM.



Corps brûlants

(…) Tragédie. Les inconsolés d'Alain Buffard a fait figure de spectacle on ne peut plus abouti dans ce "Ça chauffe" propice aux propositions informelles . Et cela devrait se confirmer sur d'autres scènes, lors de la tournée. Le "good boy", comme le titre d'un de ses spectacles le présenta avec l'humour froid qu'on lui connaît, s'est révélé ici comme une figure de la tragédie. Stig Dagerman l'écrivait : Notre besoin deconsolation est impossible à rassasier. Buffard et ses acolytes (ici Matthieu Doze et Christophe Ives) signent et persistent. La pièce est d'une beauté sauvage implacable. A trois, les danseurs sont tour à tour victimes et bourreaux, consentants et rebelles, enfants et adultes.
Derrière des masques blêmes, où les yeux semblent avoir été crevés, ils surgissent des pendrillons, comme d'autres morceaux de corps jetés en pâture : un bout de mollet, des jambes pour une galipette, des pieds et bien d'autres restes... Les scènes ne relèvent pas d'une reality dance comme c'est trop souvent le cas en ce moment, ni d'un solo autobiographique violenté _ les inconsolés sont une lecture du Roi des Aulnes de Goethe qui joue à cloche-pied avec la comptine Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n'y est pas. Le désir le plus fou comme le dégoût le plus atroce se côtoient, dans les affrontements physiques comme dans les jeux d'ombre qui broient du noir. La pédophilie est nommée, elle reprend le poème de Goethe : "[...] Mon père, mon père, le voilà qui me prend ! Le roi des Aulnes, comme il m'a fait mal !" La suite, on la connaît : "L'enfant était mort." Sur la scène, le jeune homme s'est pendu, non loin du bac à sable. Marie-Christine Vernay Libération – 18 janvier 2005


La nuit remue
On entend Le Roi des Aulnes, cette histoire de rapt d'enfant et d'incompréhension du père. On voit des ombres qui se meuvent comme imprimées sur les paupières de celui qui peine à trouver son sommeil. On voit des hommes pris dans les rets d'un désir hâtif. Les gestes rudes se muent en tendresse à rebours. On est dans le présent d'après-coup, comme le suggère si bien le texte de Goethe. Il est déjà trop tard, l'issue, fatale, est jouée dès le départ. L'image est trouble, troublante, saisissante. On peut voir – toucher serait presque plus exact – toute la complexité de rapports, allez… "pédophiles" et toute l'ambiguïté de l'amour, allez… "parental". Mais ce serait dommage de limiter le faisceau de sens nuancés de cette pièce qui nous remue, fouille nos terreurs les plus intimes, sonde les arrachements de nos racines affectives, de nos désirs entremêlés de peurs, de la fureur amoureuse. Les inconsolés, création incontournable d'Alain Buffard, pourrait aussi s'appeler L'Abandon et déployer toutes les occurrences que ce mot nous inspire. Comme toujours chez Alain Buffard, la scénographie est un miracle d'intelligence tant elle sert la chorégraphie et soutient le propos. Agnès Izrine Danser – mars 2005

Le chorégraphe Alain Buffard dans le secret des ombres
Le théâtre d’ombre pour incarner les tumultes de l’excitation sexuelle. Cet artifice relativement simple se révèle l’outil parfait de traduction des images d’une trouble crudité mises en scène par le chorégraphe Alain Buffard dans les inconsolés. Inspiré par l’oeuvre du romancier James Purdy, ce trio d’homme, presque des clones tant leur masques et leurs perruques les rendent identiques, plonge dans l’obscurité profonde du désir et de la cruauté lorsque le premier n’est pas partagé.
Régulièrement, les trois protagonistes (copains, frères ou amants ?) se réfugient à l’intérieur d’une structure en toile blanche, véritable cage aux pulsions, où leurs ombres apparaissent et disparaissent, composant d’insolites imbrications.
Jonglant avec les échelles et les déformations des corps comme le permettent les jeux d’ombres, les interprètes prennent position (comme on parle des positions quand on fait l’amour) pour évoquer des étreintes pas toujours suaves. Une paire de jambes immenses surplombe un corps minuscule défait par la disproportion de son partenaire ; des fesses tendues surgissent et étouffent. Tout est dit sans que rien ne soit précisément montré dans ce lent ballet de silhouettes qui se transforment à loisir en figure d’effroi.
Dans le silence, ce parti pris gagne sur tous les tableaux. Il résonne avec l’enfance, ses épouvantes nocturnes qui métamorphosent les contours d’une armoire en ceux d’un monstre féroce. Il permet aussi de décoller de la réalité la plus traumatique pour opérer une transcription artistique, voire une catharsis. Secrets de famille, cadavres dans le placard, abus sexuels, ce réceptacle d’ombres les évoque à sa façon décalée mais néanmoins inquiétante. Les souvenirs, aussi anciens soient-ils, conservent leur pouvoir vénéneux. Violemment intime, ce monde d’images projetées n’en reste pas moins étouffant, gorgé de ces douleurs irréductibles qui font la beauté tranchante de ces inconsolés fiers de l’être. On ne console pas des fantômes. Rosita Boisseau Le monde – 11 mars 2005
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Publié dans Spectacles

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