Le jeu de l'amour et du hasard

Publié le par LE VIVAT


De : tvtours

Le jeu de l'amour et du hasard

Au Vivat jeudi 13 novembre à 19h30 et vendredi 14 novembre à 20h30 / Réservez ici

Faire l’amour, au XVIII° siècle, c’est d’abord parler d’amour et le jeu de l’amour est une stratégie de langage. Des mots, des mots, des mots ! Et pourtant Marivaux n’est jamais bavard tant la parole chez lui est action.
Les mots, les rythmes, les conventions ont changé mais on fait encore l’amour comme au temps de Marivaux. La phrase de Marivaux - et la pièce entière est modulée comme une seule longue phrase - sinueuse, accidentée, avec ses reprises, ses variations ou ses brusques changements de direction, déroule un mouvement perpétuel, génère une instabilité essentielle, révèle le désordre de l’amour, le tourbillon des passions. Un vertige où se perdent les personnages. Dans le face à face de l’amour et de l’amour propre, Marivaux fait jouer les trois tempéraments - combattre, fuir, et « geler » - à travers l’intensité des sentiments, les crises de désespoir, les explosions de joie, les amoureux sont conduits à une sorte de paralysie. Un moment de glaciation avant le redoux ou la débâcle. Marivaux souffle le froid et le chaud.
Le plaisir de jouer cette pièce est immédiatement jubilatoire, vertigineux aussi. Les acteurs jouent le rôle de personnages qui jouent un rôle, derrière un masque selon un code de jeu conscient, tout en étant sincères, tout doit être naturel. C’est là le défi. Cela suppose évidemment l’engagement des mots, mais aussi l’engagement des corps. Or la pensée, la parole et le corps sont presque toujours en désaccord, avancent sur des tempos différents, leur mouvement est toujours contrarié. Les corps et les mots se trahissent mutuellement, se contredisent : Dorante et Silvia se disent adieu, leurs corps s’aimantent. L’accord de ce désaccord ne sera trouvé qu’au dénouement.

Dans Le Jeu de l’amour et du hasard Marivaux met crûment à nu le jeu du désir, dépouillé de toute concession au romanesque. C’est du théâtre pur, dit Louis Jouvet.
Du pur théâtre. Un diamant. L’amour et le hasard, agents de désordre, créent du jeu dans une mécanique implacable et presque abstraite. Et c’est par le biais du désordre et du jeu que je souhaite explorer cette pièce : le jeu du quatuor amoureux, maîtres et valets dépassés par le désordre (Silvia, Dorante, Lisette, Arlequin), redoublé de manière aiguë par le jeu de ceux qui organisent ce désordre et s’en divertissent impunément (Le père et le frère de Silvia). On rira des valets avec le rire des maîtres, des maîtres avec le rire d’Arlequin, de tous avec le rire des meneurs du jeu. J’ai demandé à Nathalie Holt, la scénographe, un espace clair, blanc, lumineux, un pur espace de jeu, modulable, qui souligne les mouvements des corps et puisse se transformer à vue. Marc Anselmi signe des costumes sans référence au XVIII° siècle, stylisés pour affirmer le plaisir théâtral du déguisement et de l’inversion des rôles, par le jeu des formes, des tissus et des couleurs.
Comme dans toutes les pièces de Marivaux, il y a quelque chose d’initiatique pour les personnages, c’est la première fois qu’ils aiment, c’est la première fois qu’ils sont surpris par le désir, c’est la première fois qu’ils jouent un jeu où on risque de tout perdre. A l’école du jeu, donc. Mais rien de plus sérieux que ce jeu-là.

Gilles Bouillon

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Publié dans Spectacles

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